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Une histoire captivante de Mouloud Abdmeziem

Si tu montes à Chréa....

(Episode 3)

Moussa s'en souvenait .

C'était au mois de février. Il n'avait pas plu depuis des mois sur les hauts plateaux sétifiens. A longueur de journées le sirocco soufflait soulevant des tourbillons de poussière.

Moussa se rappelle avec une indicible horreur qu'en se hasardant du côté des figuiers de barbarie qui entouraient le gourbi paternel il vit les petits monstres à l'oeuvre.

 

"El djrad ", hurla-t-il.

Ses deux frères accoururent.

-"Où vois-tu les sauterelles?".

Moussa pointa l'index vers l'échancrure de la colline, du côté du  Sud, au-dessus des maigres champs d'orge encore verdoyants.

-"Regardez!

Un nuage étincelant se dégageait de la brume, glissait, ondulait, tourbillonnait, brillait parfois comme une cuirasse, hésitait et peu à peu s'étendait , planait, ombre menaçante aux reflets de cuivre, avec un chuintement d'ailes minuscules, une vibration profonde qu'on devinait énorme.

En un rien de temps elles s'abattirent comme un ouragan de grêle, par rafales, sur les toits de chaume des gourbis. Par les portes, toujours ouvertes, elles s'engouffraient dans l'étable.

-"Mon Dieu! s'écria le vieux père épouvanté.

Et la mère d'ordonner: faites comme moi! prenez des balais. C'est sûr, elles vont tout bouffer."

A peine les insectes touchaient-ils le sol qu'ils se mettaient à dévorer.

Moussa héla son frère Laïd et tous deux coururent vers la seule jument qui restait à la famille. Le bétail avait été vendu pour permettre la survie  du foyer.

-"où allez vous comme ça?" questionna le père.

-"Au village  chercher du renfort.."

Le père haussa les épaules. Ses enfants étaient-ils naïfs à ce point? Qui pouvait venir les aider? Les autres mechtas? Tout le monde  était logé à la même enseigne. Le danger était partout. Le village européen? Les fermes des colons, qui, elles aussi, subissaient la catastrophe, étaient prioritaires. Tous les moyens avaient été mobilisés pour les sauver. Quant aux "arabes",  l'administration coloniale s'en moquait éperdûment.

Moussa et son frère traversèrent  des paysages pleins de désolation. Ils assistèrent de loin aux branle-bas de combat contre les sauterelles aussi bien dans les mechtas que dans le village européen.

Les bâtons, les fourches, les rateaux étaient à l'oeuvre et on allumait partout des feux de broussailles.

Les cris stridents des femmes musulmanes associés aux fumées semblaient refouler les essaims.

C'est avec un effarement décuplé qu'on découvrit, par hasard,  qu'à un centimètre du sol, la terre était garnie d'oeufs groupés en épis comme du blé.

 Ces oeufs, pondus durant la nuit dans un trou refermé par les adultes deviendront  quarante jours plus tard , de solides criquets et alors , tout ce qui avait échappé aux mères serait achevé par eux.

Voyant cela Moussa  jugea la catastrophe imminente,  irrémédiable, et la région vouée , pour très longtemps à la stérilité et aux fléaux qui l'accompagnent. Aussi se hâta-il  de faire son "barda", de quitter les lieux sans regarder derrière lui , et de s'éloigner le plus possible de l'enfer.

Voici nos deux amis parvenus enfin à Alger. Il s'agit maintenant d'y trouver du travail. Ils s'installent à proximité de la gare et proposent leurs services aux voyageurs. Ils ont vite compris que ceux qui arrivent de loin et qui sont lourdement chargés ne peuvent pas se passer d'un porteur pour se rendre, ne serait-ce qu'à la Place du Cheval (plaçt el- 3oud)  tant le boulevard qui y mène n'en finit pas de monter. S'il faut aller jusquà Bab Djedid avec deux lourdes valises c'est pratiquement mission impossible surtout si le soleil cruel d'Alger se mêle d'écraser les crânes.  Moussa et son camarade gagnaient très peu pour un travail éreintant et sans perspective.

Conseillés par des âmes charitables, ils se rendirent au Port où ils furent recrutés sur le champ au vu de leurs physiques  d'athlètes.

Leur tâche consistait à charger ou décharger les bâteaux à quai.

C'était aussi pénible qu'aux halles mais beaucoup mieux rémunéré, avec, en plus,  l'avantage de la sécurité sociale, et d'une situation stable.

Depuis, Moussa est resté au Port. Il  sera docker jusquà la retraite à l'âge de cinquante sept ans.

Les épisodes: 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9 - 10

 

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